C’est au croisement du cinéma documentaire, du théâtre et de l’installation que les travaux de Clément Vinette s’articulent. Ils trouvent leur continuité dans la façon qu’ils ont de jouer avec les récits et le réel. Toutes ses pièces s’attellent à mettre en forme une histoire, ou plusieurs à la fois. Parfois sans début ni fin, parfois selon un schéma narratif « classique », parfois via des récits aux multiples entrées…Le plus souvent, c’est l’observation d’un évènement du réel, l’appréhension de ses tensions puis l’interprétation de ces différents nœuds qui génèrent les problématiques de ses pièces. Elles tournent principalement autour de questions sociologiques, linguistiques ou géographiques. L’esthétique qui se dégage de son travail est à l’image des récits qu’il collecte du réel et de l’utilisation d’un lexique technique simple pour les mettre en récit. Une esthétique simple, qui laisse voir ses ficelles et qui provient directement du rapport fondamental qu’entretiennent ses œuvres finies avec leurs processus de fabrication.
Clément Vinette
Gaëlle Cressent
Artiste visuelle, Gaëlle Cressent porte un regard contemporain sur les objets porteurs de signes au travers d’une production protéïforme.
Photographie, sculpture, installation, l’artiste travaille avec et sur les surfaces communicantes en se réappropriant les gestes et les traces laissées par l’Homme dans une ère Anthropocène. En empruntant un vocabulaire lié à l’image, elle propose une relecture des objets communs dans une sorte de révélation, questionnant nos habitudes à voir sans regarder.
Formée à la photographie à Paris, elle est également diplômée des Arts décoratifs à Strasbourg.
Depuis 2018, un des axes de ses productions se construit autour des smartphones et tablettes tactiles et lie ainsi son parcours au sein de à l’économie circulaire à sa production plastique.
Hélène Delépine
Hélène Delépine est artiste sculptrice. Son travail interroge la permutation du réel et de notre imaginaire en mêlant l’architecture à l’objet, le passé au futur, l’essor au déclin. Le pensant comme un jeu de construction fait d’expériences de combinaisons qui fonctionne par l’usage du signe et de l’indice, l’artiste, profondément inspirée par le grand architecte et designer Ettore Sottsass, souhaite transformer le banal en potentiels archétypes mythiques. Ainsi, un doute dans ce qui est donné à voir et révéler les possibilités fictionnelles du réel, lui empruntant un répertoire de formes et d’images ayant une capacité à s’abstraire afin d’élaborer un vocabulaire formel simple et essentiel.
« La vie ne se déploie pas de manière linéaire mais selon un enchainement de cycles de durées variables. Le temps long est un emboitement de temps courts marqués par l’obligation du renouvellement, entre le moment de son amorce et celui de son effacement (…).
Cette loi qui veut que la vie se développe par période, chaque nouvelle se nourrissant de la ruine de la précédente, imprègne l’activité humaine et rythme ses productions.
Ce rythme implacable (…) comporte un point critique : le temps transitoire du passage de relais, l’entre-deux pendant lequel une réalité s’efface avant qu’une autre émerge et prenne la relève. A l’image de la vie, les entreprises humaines, sont ainsi bordées par des discontinuités, instants indécis, fragilités, qui interpellent Hélène Delépine et dont elle fait l’objet de son travail. »
Extrait de Maintenir le volume dans la sobriété du signe plutôt que de valoriser l’épanouissement de la forme, Jean-Paul Blanchet (critique d’art et commissaire d’exposition, président de l’Abbaye Saint-André, centre d’art contemporain de Meymac), 2021
Clélia Berthier
Lauréate du prix des arts visuels de la ville de Nantes en 2023, Clélia Berthier sort diplômée de l’université Rennes puis de l’École des Beaux-Arts de Nantes en 2019.
Son travail de sculpture relève du « moment de forme », les œuvres se créent par leur activation. Elles disparaissent parfois, pour s’achever inévitablement dans la digestion.
Tout est affaire de corps : cycle et mue, enveloppe et peau, plasticité et viscères. Clélia Berthier nous montre notre intimité.
Julien Quentel
« j’aime que ses pièces mettent toujours en échec ce que l’on pourrait vouloir en dire. »
Franck Balland à propos de l’exposition Cayenne de julien quentel chez Pauline Perplexe, Arcueil, été 2022
Claire Amiot
En inscrivant son travail dans une réflexion sur l’histoire de la peinture, Claire Amiot interroge le langage de l’abstraction. Dans une logique expérimentale, c’est en dehors de l’espace du tableau qu’elle déploie ses recherches picturales sur des pans de tissu dont les formats dialoguent avec l’architecture. Elle découpe, fragmente et rassemble des morceaux de textile peint pour former des collages qui s’étirent dans l’espace. Elle cherche à inventer de nouvelles manières de « faire peinture » en croisant les disciplines (teinture, couture, tissage, son). Claire Amiot s’intéresse aux conditions de présentation de la peinture, à sa mise en espace, à la manière dont elle peut devenir une scénographie à part entière et générer un nouveau sens de l’espace et du lieu.
Ses installations sont des environnements dans lesquels le public est invité à vivre une expérience physique et mentale. Elles s’apparentent à des quêtes méditatives, des invitations au voyage à travers la latence des matières, l’informe et l’insignifiant
Elise Bergonzi
Elise Bergonzi, née en 1997, est une artiste plasticienne et curatrice franco-caribéenne. Elle se forme en tant que sculptrice et photographe aux Beaux-Arts de Nantes Saint-Nazaire avant de poursuivre sa formation en pratiques curatoriales à l’Iceland University of the Arts et aux Beaux-Arts de Paris. Elle vit et travaille aujourd’hui entre Paris et Nantes.
Dans ses diverses pratiques, Elise Bergonzi s’intéresse aux structures complexes qui mêlent les aspects éthiques, sociaux, politiques et environnementaux de nos quotidiens. Interrogeant la notion d’habiter dans ses enjeux phénoménologiques et dans nos constructions sociétales, elle questionne nos systèmes et nos formes infra-ordinaires. En utilisant la photographie et l’écriture en tant que corpus documentaire ou fictionnel de recherche, elle archive et collectionne des formes avant de les réinvestir dans ses sculptures et ses installations. Ces pratiques lui permettent également de façonner des micro-éditions qui construisent des narrations parallèles. Elle s’intéresse aux récits potentiels et spéculatifs contenus dans les fragments du quotidien, interrogeant ainsi leurs influences sur nos rapports humains. À force de les manipuler, ils accumulent, contiennent, et ainsi représentent, les traces de notre existence et de nos multiples façons d’habiter.
Elle s’appuie également sur les enjeux véhiculés par les théories curatoriales du cure & care pour valoriser des structures négligées en participant à des écologies sociales plus fluides. Elle crée des formes ou les mets en dialogue dans des expositions à partir des flux qui sculptent la déliquescence progressive des relations sociales que nous entretenons spasmodiquement avec nos environnements quotidiens.
France Parsus
Après avoir vécu une dizaine d’années à Berlin, France Parsus vit et travaille à Nantes depuis 2017. Sa pratique s’articule surtout autour de la peinture à l’huile et du dessin, et depuis peu au volume.
Dans son travail plastique, elle s’intéresse à l’expérience du paysage et à notre manière d’occuper l’espace, ainsi qu’aux perceptions des réalités quotidiennes entre enjeux intimes et collectifs. Il y a toujours un rapport à la disparition, à ce qui empêche de voir, à ce qui n’est pas ou n’est plus visible.
Peu après son arrivée à Nantes, choquée par la présence policière et l’usage massif d’armes en manifestation, ou à la ZAD Notre-Dame-des-
Landes par exemple, elle entame un travail de peinture, dessin et volume autour des gaz lacrymogènes, une manière subjective de réagir aux violences policières en France. Ce travail s’est depuis élargi aux mouvements sociaux et à leur représentation. Du spectacle du maintien de l’ordre à la médiatisation du « vandalisme », elle cherche à déplacer le regard et interroger le statut et la place de l’image dans ce contexte.
Meg Boury
Diplômée de l’École des Beaux-arts de Nantes en 2019, Meg Boury est lauréate 2023 du prix des arts visuels de la ville de Nantes. Sa pratique est majoritairement performative. Elle se met en scène dans un cabaret burlesque folklorique où elle raconte des histoires, souvent personnelles, empruntent du milieu rural où a germé son travail. Avec une pratique à mi-chemin entre les arts plastiques et le spectacle vivant, le travail de Meg Boury se retrouve aussi bien dans des lieux d’expositions (Zoo Galerie à Nantes en 2021, Transpalette à Bourges en 2022, le basculeur à Revel-Tourdan en 2023) que sur scène. Ses premiers projets naissent au sein du TU-Nantes, scène jeune création et arts vivant, qui la soutien aujourd’hui dans le cadre de TRIPLEX – Parcours d’accompagnement des formes et des artistes émergent·es en partenariat avec Point Ephémère (Paris) et les SUBS (Lyon). Le théâtre l’a accueilli pour présenter Western Love Story qui fut également présenté dans l’exposition Felicità au Palais des Beaux-arts à Paris en 2019. Son dernier projet Une Histoire de la frivolité entre marais et champs y fut présenté en juin 2022 avant d’être joué à Point Éphémère en juin 2023 et aux SUBS en juin 2024.
Aliette Boyer
« Je mène un travail autour des questions de territoire à travers l’enquête de terrain. Ces recherches s’appuient sur mes cheminements au sein du paysage et les discussions (blabla) souvent fortuites avec ses habitants ou avec des professionnels de la biodiversité. La démarche de co-création est centrale à ma pratique, elle se crée autour de grandes tablées ou dans la manipulation d’objets usuels.
Mes matériaux sont issus de l’environnement proche, parfois pour créer des repas (croccroc), lieux essentiels du partage. Ils amènent aux histoires, au partage de techniques. Bob Elliott les décrit comme de grands rites participatoires. Des temps de paix et d’égalité, hors du temps, où se fait le collectif. »
Axel Plantier
Collectif Toux
Toux s’est formé par des artistes d’horizons différents, réunis autour du projet d’atelier La Pharmacie à Bellevue. Toux est un collectif formé en association qui alterne entre création de moments collectifs et soutien dans les pratiques interindividuelles. Toux rassemble une dizaine d’artistes qui s’associent pour travailler ponctuellement en groupe autour d’une thématique, d’une envie ou d’un événement. Toux est un collectif, une entité mouvante au gré des projets artistiques, toujours dans l’idée de partager un moment commun. Toux n’est pas un nombre de personnes défini, Toux prend la forme d’événements, expositions, performances, concerts, avec toujours une gestion collective.
Toux travaille en lien avec la Monogalerie à Nantes, avec la résidence Les Mills dans le Loiret.
Toux séjourne à Bonus à Nantes par la présence de Zoé Journet, Naïma Rass, Pauline Rouet et Bettina Saroyan mais aussi au Projet 9 à Saint-Nazaire où encore à la Mèche à Limoges.
Grégory Valton
Grégory Valton est né à Paris en 1975. Il obtient un Master option art à l’ESSAB – site de Lorient (félicitations du jury) et est diplômé de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles (mention).
Ses travaux se déclinent autour des notions de remémorations, de réitération, et de l’expérience du corps pris dans une histoire ou dans un contexte. Sa pratique est traversée par divers courants de l’histoire des arts visuels, dont les photographes en errance ont conditionné son processus de travail lié à la marche et à l’épuisement.
Dans ses projets actuels, Grégory privilégie d’autres médiums, toujours plus en lien avec le corps, comme la performance, la vidéo, ou l’écriture pour façonner des récits. Non pas que la photographie s’éloigne, mais elle devient support à des formes nouvelles.
Elise Hallab
« Cultiver un jardin, en manger les fruits et
dessiner avec.
S’asseoir et contempler le paysage. Dessiner un
jardin et composer l’implantation des massifs.
Regarder le jardin pousser.
À un certain moment,
Cueillir les fleurs, les feuilles, les fruits
et parfois les écorces du jardin.
Mélanger séparément.
Imprimer le jardin.
Composer une étendue colorée. Observer les
rapports de couleurs. »
En arpentant le paysage, Élise Hallab glane au gré des saisons feuilles, fleurs, fruits, écorces, matériaux utilisés pour la fabrication des couleurs. À partir de ses récoltes, elle obtient un jus coloré qui est travaillé pour être utilisé comme encre de sérigraphie ou bien comme bain de teinture. Au travers de son protocole de travail, elle expérimente un retour au geste artisanal des origines de la peinture et de la teinture. Cette recherche aux sources de la couleur se couple avec une lecture de l’histoire des jardins : quelles sont ses origines, ses dessins, comment est-il composé ? Les aplats de couleurs s’organisent et se répondent comme on composerait un jardin.
L’œil se promène dans ces subtiles nuances comme il le ferait dans les différents plans d’un paysage. Après un temps de contemplation, il est alors possible de capter les chaleurs, nuances et tonalités propres à chaque aplat coloré.
Bérénice Nouvel
« Tout est plein chez Bérénice Nouvel (née en 1997, Saint Priest en Jarez), couleurs en aplat, formes mimant (par la 2D) ou reproduisant (en sculpture) l’existence réelle d’objets manufacturés ayant pour particularité d’être conjointement contenants d’une matière à consommer et supports publicitaires. Le jeu est multiple, il interroge l’authentique, l’original, la copie, le désir, la consommation, le support, la projection. Le médium peinture devient le moyen d’interroger les informations qui saturent l’espace visuel et mental du quotidien. Renvoyant à la peinture populaire congolaise (on pense à Chéri Samba) ou à Pierre Huygues pour l’incursion dans les marges, décors du présent, le travail articule vrai et faux, toc, tragique de l’anthropocène, et inconscient collectif du consommateur occidental contemporain. La présence de Cola, sa chienne, sur des photos de mise en situation d’œuvres (peinture sur voiture, affiche tendue sur un mur, tableau représentant l’os convoité), convoque l’autofiction et le kitsch. L’aspect frontal du travail en est la tangente : sans commentaire, restitution presque neutre, l’œuvre offre au spectateur un regard sur le machinal de sa vie. »
texte de Clare Mary Puyfoulhoux
Antoine Caclin
Né en 1997 dans l’Est de la France, diplômé des écoles des Beaux-arts de Nancy et de Nantes et lauréat 2024 du Prix des arts visuels de la Ville de Nantes, Antoine Caclin développe une pratique pluridisciplinaire questionnant plusieurs aspects de la société et en particulier des espaces
socio-professionnels et des lieux de vie et de repos.
Sur un fil tendu entre critique politique et sociale, fascination, absurde, (auto)biographie et fiction, il crée des fragments composants une histoire commune. À partir de ses différentes expériences du monde professionnel et d’une logique d’enquête, il met en forme des mécanismes vécus ou entendus. Il travaille une esthétique alliant objets trouvés, achetés ou fabriqués, jouant sur les échelles, les mouvements et le réemploi. Interconnectant différents imaginaires liés aux souvenirs collectifs, à des formes connues, des histoires sociales ou encore des jeux de langage et de signalétique, il crée des narrations, des questionnements, des états de réflexion et d’observation.
Floryan Varennes
Les recherches transversales de Floryan Varennes touchent à la sculpture et l’objet, mais aussi à l’installation et aux environnements haptiques, sensoriels et olfactifs.
Son travail s’intéresse aux processus de résistance du corps à travers l’histoire et ses empreintes dans notre société, ses récits et imaginaires jusqu’aux artefacts et technologies que cela produit. Il s’appuie sur les notions structurelles d’entraves et de coercition mais aussi de sauvegardes et de régénérations pour façonner ses recherches et comprendre les rapports de violence constitutifs à notre réalité, et penser son intégration pour mieux s’en protéger. Pour ce faire, il réalise des sculptures ambiguës : extensions corporelles appareillées, augmentées, architecturées ou armaturées. Pour façonner son travail, il utilise différents types de matériaux (verre, acier, végétaux, cuir, tissus, polymères, etc.) et différentes techniques en mélangeant des savoir-faire artisanaux et procédés technologiques.
À la source de sa réflexion et de sa pratique, il entrelace deux registres chronologiques opposés : l’histoire médiévale et les futurs science-fictionnels. Du folklore médiéval, et de son écho contemporain la fantasy, il s’intéresse aux mondes guerriers en compulsant archives et reliques qu’il reconstruit : des équipements médiévaux d’attaque et de protection, aux parades héroïques en passant par des rites et représentations martiales codifiées. Des futurs spéculatifs, il questionne et emprunte à l’univers du soin et de la médecine, des avancées biotechnologiques aux matériaux chirurgicaux et conjugue plusieurs types d’actions thérapeutiques, systèmes ortho-prothétiques, exo-armures, chirurgies robotiques alliés à des techniques curatives. Par cette combinaison singulière, Floryan Varennes panse le présent et donne forme à une temporalité alternative où se réunissent ses principales préoccupations : se détacher des essentialismes en bouleversant des systèmes binaires, identités construites, normes institutionnalisées et des savoirs établis.
Yunyi Guan
Je m’appelle Yunyi Guan. Ma pratique artistique naît d’émotions personnelles intenses, souvent liées à des expériences vécues et à une observation attentive du monde qui m’entoure. Je m’intéresse autant aux attitudes et aux expressions qu’aux paroles, aux atmosphères des lieux et aux tensions invisibles qui les traversent. Ces éléments, parfois discrets ou fragmentaires, constituent la matière première de mon travail.
À travers l’art, je cherche à donner forme à ces impressions diffuses, à les comprendre et à les organiser, sans chercher à transmettre un message explicite ni une vérité définitive. Mon travail se présente davantage comme un témoignage sensible, une trace laissée par un vécu, une rencontre ou un échange. Il s’inscrit dans un processus d’exploration plutôt que dans une démarche démonstrative.
J’utilise différents médiums — sculpture, dessin, vidéo, installation et son — que je considère comme des outils de réflexion et d’expérimentation. J’entretiens une affinité particulière avec les matériaux souples et malléables, dont le comportement imprévisible nourrit mon processus créatif. Cette relation intuitive à la matière occupe une place centrale dans mon travail et dialogue avec des univers artistiques tels que celui d’Ernesto Neto, dont l’approche sensorielle et organique m’inspire profondément.
Anna Picco
L’acte de dessiner relève pour Anna Picco de la magie. Magie de faire apparaître par la simplicité d’une feuille de papier, et dans l’économie de moyen que représente le dessin, des espaces de récit faisant surgir simultanément la mémoire et l’imaginaire, le passé et le présent.
Son travail est souvent hanté par l’histoire, la mémoire des vaincu.e.s, mais il est toujours habité d’une dimension dialectique où l’imaginaire, l’enfance, les révoltes passées, l’humour, l’absurde constituent et deviennent contre-pouvoirs.
Dessiner pour «sortir du noir», remonter des profondeurs les limbes du mystère, de l’oubli, de l’inconscient et esquisser les contours d’un monde autre.
Irma Kalt
Diplômée de l’École des Beaux arts de Nantes en 2012, Irma Kalt poursuit sa recherche artistique au sein de divers collectifs comme Second Kiss Company (Nantes, Paris, Pékin) et Silence Forêt (Nantes, Berlin, Pékin). À l’occasion de différentes résidences, un réseau d’affinités de recherches artistiques s’est tissé à travers l’Asie et l’Europe: 798 centre d’art à Pékin en Chine, Art in Nature à Busan en Corée du Sud, Atelier Nimmanhaemin à Chiangmai en Thailande, Treptow Atelier à Berlin en Allemagne.
En parallèle de son travail artistique elle a le plaisir d’intervenir régulièrement dans des écoles avec le soutien du Frac des Pays de la Loire, ainsi que dans des écoles d’art (Nantes, Metz, Nancy, Mulhouse, Quimper, Pékin).
Dans sa pratique, Irma Kalt n’en finit pas d’ancrer ses formes, comme pour mieux se les approprier : si son premier mouvement passe par le dessin, elle emprunte ensuite de nombreuses voies (l’impression sur papier ou tissu, la photographie, la vectorialisation puis à nouveau le dessin ou la peinture ou l’impression). Par ce processus de mue complexe, elle décante son motif, et cerne davantage le point de vue ou la focale qui lui convient : comment regardons-nous et à quelle distance ? Sommes-nous très loin ou sommes-nous à l’intérieur ? Entre savoir-faire ancien et technologie contemporaine, ses œuvres témoignent toutes de présences fantômes, de données graphiques ou picturales qui ont été là, qui se sont essentialisées ou ont disparu, mais qui continuent souterrainement de s’exprimer. Pour l’artiste, la beauté fragile des formes ne s’obtient qu’au prix de ce lent processus, au cours duquel le motif se leste de toutes ces strates mémorielles.
Léo Moisy
Les sculptures de Léo Moisy évoquent au premier regard des hybrides entre des traditions sculpturales différentes : forme minimaliste, artefact archéologique et assemblage vaguement figuratif. C’est en tournant autour et en les observant de plus près, dans la diversité des détails, des matériaux et des factures que l’on perçoit un peu plus ce qui fait son travail.
Ses sculptures sont les fruits d’un long travail d’atelier et de digestion centré sur la transformation des matériaux. Il combine des techniques, moule, inverse, moule à nouveau, récupère, dédouble, pétrit, permute une sculpture avec une autre, ajoute des éléments. Le caractère composite de ses sculptures participe d’une difficulté à les nommer complètement et à étirer notre rencontre avec elles.
Les jeux de faux-semblant et les choses découvertes peu à peu apportent de nouvelles significations qui enrichissent et troublent ce que l’on perçoit. Il y a des redondances quasi obsessionnelles. Le corps dans sa dimension sensuelle et érotique, pénétré ou pénétrant, parfois par fragment, en image ou de façon distante et abstraite. La surface et ses artifices. L’intériorité et le quotidien comme lieu intime.
Rémy Drouard
« L’écriture et la peinture sont liées, vous ne pouvez pas le nier, à l’origine c’est une histoire de poignet. »
Il m’est difficile de séparer ces deux pratiques, tant elles évoluent main dans la main dans ma recherche plastique. La parole et l’écriture ont toutes les nuances d’une toile peinte, c’est pour ça que j’adore écouter les peintres parler de leur travail, car ils animent leurs touches, leurs gestes, leurs pattes avec les mots de leurs envies picturales.
Mon père, grand conteur d’histoires en tous genres, m’a appris à apprécier la narration orale, écrite et visuelle. L’actualité me conforte et me réconfortent sur l’idée que la chute, l’absurde, la figuration et l’acte incongru, ont un rôle primordial dans notre société. La culture populaire, internet ou bien le banal du quotidien, sont pour moi, une source permanente de création. Peintures, vidéos, performances et installations sont les maillons de la chaine, le moyen d’accrocher le vélo de ma pratique au lampadaire de ma vision de l’art contemporain. J’aime l’idée qu’une création à l’image du théâtre a inévitablement une fin, une chute. Comme un enfant stoppé dans l’attaque fictive d’un avant-poste ennemi, par la voix de sa mère, qui par la fenêtre, le prévient, que le repas est servi : « ÀÀÀÀ taaAAAble ! »
Mariaka Frossard
La règle du jeu est définie par la contrainte: elle est physique, logistique, et financière.
Au sein d’une économie modeste et pragmatique, les formes plastiques de Mariaka Frossard sont générées par des matériaux peu coûteux et déliquescents, glanés, gratuits ou d’occasion. Il y a aussi l’utilisation d’outils accessibles issu de la bureautique ou de la papeterie, ou d’autres champs créatifs comme le scrapbooking ou le cake design.
Le but du jeu est de transformer la précarité et la modestie d’origine de ces matériaux de prédilection ; et la partie inspirée par la liberté et le désir de s’amuser. De creuser dans un interstice de possibilités maximales, concis entre des feuilles de papier et une imprimante.
Axèle Huchet-Lamotte
« Formée à l’École supérieure d’art et de design TALM Le Mans, ma pratique artistique s’ancre dans une exploration sensorielle et une attention contemplative du monde qui m’entoure. Je cherche à traduire des atmosphères à travers la peinture, le dessin et l’installation.
Les éléments de la réalité qui m’affectent : une lumière, une odeur, une personne, une texture, une forme, viennent s’imprimer dans mon corps et ma mémoire, puis réapparaissent transformés dans mes compositions. Mon travail se développe ainsi à partir de perceptions sensibles, entre observation, absorption, réminiscence et reconstruction. Il donne forme à des traces perceptives, à des impressions fugitives, à des états intérieurs.
Mes carnets de croquis, très importants dans ma pratique, sont des espaces de captation immédiate et de réflexion, Ils nourrissent mes peintures, où la couleur, la répétition, la matière et l’ornementation occupent une place centrale. La peinture, elle, est un espace de plaisir sensible comme un moyen de ralentir et de me recentrer. Peindre relève d’un geste vivant, vibratoire, qui me permet d’expérimenter des rapports formels et de produire du sens.
Mes installations prolongent cette dimension sensorielle en environnements immersifs. J’y invite le spectateur à se déplacer, à recomposer et à ressentir. Chaque œuvre devient un fragment d’expérience, une résonance émotionnelle, un récit sensoriel à partager ; chaque œuvre dans ses effets de correspondance avec les autres en présence propose une rencontre ouverte et profondément incarnée. »
Impressions mutantes
Impressions mutantes est un collectif de quatre jeunes artistes diplômé·es des Beaux-arts de Nantes, composé d’Alexane Leprieult, Juliette Morisse, Gaël Forcet-Moreau et Victor Tetaz-Josse. Ielles se définissent comme un collectif d’artistes-auteurices et curateur·ices et se réunissent pour préparer des expositions autour des objets imprimés et des manières de faire récit à travers les images et l’installation. Les quatre membres expérimentent le travail collectif, à huit mains autant pour créer des pièces singulières lors d’expositions que pour organiser des évènements où ielles invitent d’autres artistes à participer. Leur collaboration a commencé en septembre 2022 avec leur première exposition et festival à Pol’n, Nantes. Puis ielles ont exposé en tant qu’artistes au Musée Atelier de l’Imprimerie à Nantes, sur une invitation d’Alexandre Meyrat Le Coz, en novembre 2022, ainsi qu’à la SuperGalerie en avril 2023.
Camille Orlandini
« Artiste plasticienne et designer, c’est à partir des micro-territoires que je dessine. Mes recherches portent sur la terre que l’on cultive, les bêtes que l’on élève, les paysages naturels que l’on traverse, les territoires que l’on habite.
Mon premier outil est celui de l’enquête, à la rencontre de l’autre et des paysages qui font l’identité d’un lieu, des savoirs et savoir-faire locaux. Je fais croiser tant l’Histoire et la culture du lieu que les histoires particulières de chacun et chacune afin de mettre en regard les différents acteurs du territoire et de questionner les écosystèmes et les ressources ainsi que les enjeux à les préserver et les valoriser. Ce sont ces rencontres et ces explorations, l’œil au détail, qui vont me donner des clefs de dessins et c’est à partir de celles-ci que je vais commencer à tisser le fil de mes histoires comestibles.
À partir de cette matière ramenée à l’atelier, je fais naître des formes conceptuelles, plastiques, photographiques, comestibles. Bien souvent, ces formes impliquent le public tant dans la conception que dans la réalisation et viennent interroger notre rapport à nos ressources agricoles à travers des formes comestibles et non comestibles. Les restitutions de mes projets donnent toujours à voir et à manger. »
Marie Aerts
« Mon travail questionne les notions de pouvoir et d’organisation sociale qui régissent les sociétés humaines. Je m’intéresse aux différents rapports de domination qui s’exercent entre les individus. J’analyse les méthodes de légitimation d’un pouvoir, leurs mécanismes de violence intrinsèques et leurs rapports avec la croyance. À travers diverses stratégies d’altération, je m’attaque à ces concentrés de représentations, à l’aide d’opérations de soustraction.
Mes recherches ont commencé par une analyse des manifestations des structures dominantes. Rapidement le personnage de l’Homme sans tête prend forme, sorte d’alter égo artistique. Incarnant les personnages influents de la société occidentale, il devient naturellement l’acteur principal de divers projets (performances, vidéos, dessins et photographies). Vidé de sa substance, ce corps mutant est le nouveau conquérant de notre ère.
J’interroge et reconstitue les fondements idéologiques du travail, sa perception religieuse, économique et philosophique, trouvant ses racines dans notre rapport anthropologique à la dette. J’examine les processus à l’oeuvre entre la préservation de l’intégrité et le consentement accordé à un système que l’on sait profondément aliénant. »
Blanche Daramir
Blanche Daramir est une artiste visuelle diplômée de l’EESI d’Angoulême et des Beaux-Arts de Nantes. Elle a grandi sur une colline, face à un horizon à 360°. Elle vit aujourd’hui à Nantes mais reste hantée par ses décors d’enfance. C’est l’une des raisons pour lesquelles elle questionne le paysage dans son travail : grands espaces, panorama mental, souvenirs. Les mots de Jón Kalman Stefánsson : « Les paysages deviennent tellement mystérieux et fascinants lorsqu’ils sont absents » résonnent avec son corpus d’œuvres récentes, composé de peintures, dessins, et éditions.
Cette recherche fait aussi référence à la peur de la disparition progressive des écosystèmes. Comment garder trace de ce qui disparaît ? Comment rendre visible la beauté fragile d’un monde qui vacille ?
La couleur joue un rôle central dans son travail, les palettes vibrantes sont composées avec soin, et sont utilisées comme un outil narratif, un langage émotionnel qui traduit à la fois l’attachement profond au vivant, et l’angoisse face à sa disparition.
Eugénie Faurie
Eugénie Faurie est une artiste installée à Nantes depuis 2024. Elle développe une pratique sculpturale et picturale centrée sur les processus de transformation de la matière. Après avoir obtenu son DNSEP à Saint-Étienne, puis poursuivi son parcours aux Ateliers de Clermont-Ferrand, une résidence aux Ateliers Bonus marque un tournant décisif dans son évolution artistique. Aujourd’hui membre de l’association Hyper Terrier et récemment résidente aux Ateliers Bonus, elle y produit actuellement l’essentiel de son travail. Elle transmet également sa pratique en tant que formatrice en céramique avec Leafy.
Son travail s’ancre dans une recherche de transmutation. Modeler la terre, faire fondre le métal, laisser croître des cristaux constituent pour elle des gestes proches de l’alchimie, révélant les forces invisibles de la matière. Elle s’intéresse aux formes du vivant et à leur capacité de métamorphose. Ses sculptures et peintures s’inspirent notamment des micro-organismes marins, tels que les radiolaires, dont les structures délicates et complexes nourrissent ses compositions.
Eugénie Faurie associe la céramique et le métal à des matériaux synthétiques : fausse fourrure, strass, rajouts capillaires… Créant ainsi des formes hybrides, à la fois talismans et vestiges, parures et armes. La beauté devient alors un geste politique : elle revendique un féminisme sensible où ornement, désir et puissance dialoguent. Une tension entre séduction et défense, contrôle et vulnérabilité traverse l’ensemble de ses pièces.
Chaque œuvre devient ainsi un espace de passage où la matière conserve la mémoire du vivant et ouvre un champ de transformation.
Pablo Boissel-Arrieta
Pablo Boissel-Arrieta est né en 1996. Il vit et travaille à Nantes depuis 2015. Il obtient une licence de philosophie en 2018. Il se forme en parallèle à la mise en scène et la scénographie, tout en continuant sa recherche personnelle d’artiste-plasticien.
En 2020, il rejoint les ateliers Haute-Île, puis obtient une résidence de 2 ans à Lolab. Cette dernière lui permet de développer son travail touchant à l’interaction entre mouvement, corps organiques et génération sonore.
Son travail hétérogène et pluridisciplinaire cherche à développer une pensée rhizomatique, qui est toujours traversée par une même obsession: celle du temps qui donne forme et qui déforme, qui agrège et désagrège, qui avale et rejette.
Ses pièces se caractérisent par une esthétique du mouvement et du déclin où les processus évolutifs de génération, d’hybridation et de dégradation sont omniprésents.
Dans cette volonté d’appréhender une matière vouée à l’entropie, ses créations se parent souvent de matériaux précaires qui mutent, évoluent, et se délitent au fil du temps. Savon, cire d’abeille, terre, céramique, vinaigre, et matières corporelles viennent souvent se heurter à un univers austère et froid : faïence blanche, néon, matériaux électroniques et programmes informatiques, tubes fluorescents…
Le travail de la lumière, du son et de l’électronique lui permet de développer l’aspect processuel et mouvant de ses productions, en produisant des systèmes interactifs, évolutifs et dynamiques.
Ses pièces récentes témoignent d’un rapport beaucoup plus apaisé à la viscéralité et la dégénération des corps, quoique toujours teinté d ’une sensualité trouble. Il développe des mondes hybrides et oniriques qui plongent les spectateur.ice.s dans des univers en mutation permanente.
Qu’il s’agisse de ses performances chorégraphiques ou de ses installations, son travail nous place dans des bulles immersives à la fois visuelles et sonores. Ses productions dessinent désormais des paysages sensoriels qui permettent la contemplation des changement formels et matériels.
Igor Porte
Artiste plasticien et musicien, Igor Porte immerge le public au sein des paysages sonores qu’il façonne à partir des objets prélevés dans son quotidien. Utilisant la marche comme un outil de recherche et d’exploration, c’est grâce à une multitude de sites urbains et ruraux que Igor enrichit sa pratique du field-recording, et la collecte de fragments, d’objets de mémoire, et de végétaux, qu’il va par la suite faire vivre dans ses installations. Dans la volonté de cultiver une écoute et d’étendre notre attention vers un ailleurs, il ranime ces éléments par le son et le mouvant pour prolonger leur existence, leur porter un regard nouveau chargé d’un imaginaire et d’un potentiel créatif. Transposer ses expériences avec l’environnement, est une manière pour lui de revaloriser le vivant, et de se rattacher au réel. C’est pourquoi l’écoute est centrale, sans cette approche sensorielle, le monde reste à l’écart, étranger et insaisissable .
Leïla Bertrand
Leïla Bertrand est née en 1995, elle vit et travaille à Nantes. Son travail est processuel et pluridisciplinaire. Il mêle installation, performance, édition, installation sonore, texte, vidéo, photographie…
Elle explore les limites et les possibilités des langages, qu’ils soient oraux, écrits ou graphiques, pour proposer une réflexion sur la manière dont nous communiquons et interagissons avec le monde qui nous entoure.
Elle essaye de déconstruire codes et signes, en imaginant de nouvelles formes de communication. En remettant en question l’objectivité des langages, en faisant perdre leur sens aux mots et en leur en faisant revêtir de nouveaux, plus fluides, elle tente de renverser la domination qu’ils opèrent sur nous.
Elle utilise l’absurde, le détournement d’objet, les interventions in-situ, pour questionner les frontières entre le réel et le mis en scène, le spectaculaire et l’ordinaire.
Ses pièces se situe dans des zones de flou, souvent à la limite entre le visible et l’invisible. Elle cherche à provoquer des moments d’attention, dans tous les sens que peut prendre ce terme.
L’in-situ tient une grande place dans son travail. Les lieux, environnements, personnes, évènements qui l’entourent lors de l’écriture de ses pièces viennent enrichir et influencer son travail.
Elle inscrit la performance ainsi que le vivant, l’aléatoire, au centre de son processus artistique.
crédit photographique : Aïda Lorrain































